Campagne de vaccination rougeole-rubéole au Rwanda : interview avec la Ministre de la Santé Agnès Binagwaho

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La campagne de vaccination contre la rougeole et la rubéole lancée au Rwanda les 12-15 mars derniers, est la dernière d’une longue liste d’introductions de vaccins. La Ministre de la Santé, Agnès Binagwaho, explique comment l’engagement politique en faveur d’une forte couverture vaccinale a permis au pays de réduire de plus de moitié sa mortalité infantile.

Agnès Binagwaho

Agnès Binagwaho, Ministre de la Santé du Rwanda, répond aux questions de GAVI.

1. Pourquoi ce vaccin est-il si important pour le Rwanda ?

Ce nouveau vaccin associé contre la rougeole et la rubéole est fondamental, non seulement pour le Rwanda mais également pour le monde entier. La rubéole est une maladie très grave, particulièrement chez la femme enceinte car elle peut entraîner la mort du fœtus ou des malformations congénitales (syndrome de rubéole congénitale). Il n’y a pas de traitement spécifique. C’est une maladie contre laquelle peu de personnes sont protégées. En Europe, elle a été contrôlée par la vaccination alors qu’elle reste extrêmement présente en Afrique.

Par ailleurs, ce vaccin combiné va également permettre de protéger, encore mieux, la population contre la rougeole, une maladie qui fait encore des ravages. Il faut souligner que le Rwanda a contrôlé la maladie grâce à des campagnes spécifiques mais il ne faut pas relâcher les efforts. Pour la rougeole comme pour la rubéole, la vaccination est ainsi le seul moyen de les éviter et de les contrôler.

2. Comment se déroule cette campagne ?

Rwanda school immunisation

Nous allons introduire ce vaccin dans tout le pays, lors d’une campagne intensive de quatre jours. Tous les acteurs de la santé publique, dans toutes les villes et les villages, vont s’assurer qu'aucun enfant n’est oublié. Même les élèves des écoles d’infirmières ont été mobilisés.

Les travailleurs de santé seront présents quasiment 24h sur 24H, pour vacciner près de cinq millions d'enfants de 9 mois à 14 ans. Tous les moins de 5 ans seront vaccinés dans les centres de santé et les enfants d'âge scolaire, dans les écoles.

C’est une première d’intervenir dans les écoles, nous avons testé cette approche avec le vaccin VPH et cela a bien fonctionné. En amont de cette campagne, nous avons naturellement adapté et modernisé notre chaîne du froid pour garantir à tous les habitants du Rwanda des vaccins sûrs et efficaces. Nous avons également effectué une campagne de sensibilisation pour informer la population sur l’importance de cette vaccination.

Nous avons bon espoir qu’elle sera un succès comme les autres actions de vaccination que nous avons pu effectuer par le passé.

3. Il s’agit là de la suite d’une longue liste d’introduction de vaccins, est-ce que vous pensez que le Rwanda est un exemple en matière de vaccination et plus largement en matière de santé publique ?

First combined measles-rubella vaccine in Rwanda

Avec le soutien de GAVI, en janvier 2014, le vaccin associé rougeole-rubéole sera intégré dans la vaccination de routine. Nous avons déjà introduit, les vaccins contre l’une des causes de la pneumonie et celui contre la diarrhée causée par le rotavirus. Nous avons également lancé le vaccin contre le virus du papillome humain (VPH).

Le Rwanda possède enfin depuis longtemps le vaccin pentavalent (contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B et l’Haemophilus influenzae de type b).

Aujourd’hui, la population rwandaise a accès aux 11 vaccins recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé pour la vaccination systématique. Nos performances sont remarquables puisque nous avons un taux de couverture du DTC de plus de 95%, ce qui est rare en Afrique.

Ces résultats sont le fruit d’une volonté politique, d’un soutien de la population, sans oublier le soutien de nos partenaires internationaux.

Le gouvernement et moi-même sommes réellement impliqués et engagés dans la promotion de la santé de toute la population. Cette cohésion nous permet d’avancer tous ensemble dans la même direction.

Le Rwanda a intégré depuis longtemps dans sa politique publique, les Objectifs de développement du Millénaire comme indicateurs de progrès. Nos priorités en matière de santé sont particulièrement de réduire la mortalité maternelle et infantile. Le Rwanda a réduit de plus de la moitié sa mortalité infantile. Le fort taux de couverture vaccinale y contribue largement.

4. Comment faites-vous passer le message auprès des Rwandais concernant l’importance de ces vaccins ?

Rwandan immunisation publicity

Les Rwandais nous font confiance, nous ne leur avons jamais menti. Mais, comme avec n’importe quelle campagne de santé publique, une campagne de vaccination se prépare.

Il faut informer les parents, les communautés pour obtenir leur soutien. Nous expliquons donc bien ce qui se passe, en quoi cela consiste, les bénéfices. Nous mobilisons tout le monde. Par exemple, pour la campagne de cette semaine, nous avons réalisé des campagnes de radio et de télévision ainsi que dans les centres de santé pour informer les familles sur les bienfaits de ce vaccin contre la rougeole et la rubéole. Tout le monde est mobilisé, moi y compris, car pour qu’elle fonctionne, il fallait que les rwandais soient convaincus. La population fait toujours partie de la solution.

5. Quel est votre plus belle satisfaction en tant que ministre de la Santé du Rwanda?

Rwandan boys

Chaque soir, je m’endors avec la satisfaction que les enfants du Rwanda et du monde sont en meilleure santé.

Crédit photos: © UNICEF Rwanda/2013/Rusanganwa

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